La Croix Petit
Quartier de la ''Prefecture''
Avant les démolitions la Croix-Petit se vide
LES PREMIÈRES FAMILLES de la Croix-Petit ont été relogées. Depuis quelques jours, les déménagements se succèdent. Un moment attendu et espéré pour certains habitants, un déchirement pour d'autres... Après chaque départ, le logement est muré, en attendant la démolition des bâtiments. Petit à petit, la cité difficile se transforme en cité fantôme. Ceux qui restent vivent parfois dans le dernier appartement non muré de leur immeuble. Cela ne les empêche pas toujours d'avoir des voisins : les fenêtres ont beau être closes par des parpaings, toutes les portes d'entrée ne sont pas solidement fermées. Au rez-de-chaussée du 5, rue Croix-Petit verte, l'appartement du fond est devenu un squat, qui se repère à l'odeur fétide. Bouteilles, restes de nourriture, sacs en plastique, cartons... Le sol est jonché de déchets en tous genres. Et pourtant, le petit téléviseur posé sur une table de nuit suggère que certains passent ici des moments de détente. Dans le bâtiment voisin, un congélateur de glacier est abandonné au milieu du palier du deuxième étage. Au-dessus, c'est une benne à ordures, remplie à ras-bord. Départ forcé pour les uns libération pour les autres Cette ambiance particulière n'empêche pas une partie des habitants d'avoir quasiment la larme à l'oeil à l'idée de vivre ailleurs. Les plus jeunes surtout. L'un d'eux a dû quitter le quartier de son enfance mardi matin pour un appartement récent de Cergy-le-Haut, tout près de la gare. Et n'a pas l'air très emballé. « C'est pas mal, concède-t-il. Mais bon, c'est pas pareil. » A ses yeux, c'est un peu comme s'il quittait une famille. Il sait qu'il aura besoin de temps pour se sentir « chez lui », dans son nouveau quartier. Pour un de ses voisins, croisé dans la cage d'escalier, ce relogement est un départ forcé. « Nous, on ne partira pas tout de suite, souffle-t-il. On nous a déjà proposé des appartements aux Touleuses, à la Croix-Saint-Sylvère ou aux Linandes mais on n'en veut pas. Je n'ai pas envie d'aller là-bas », lâche-t-il furtivement avant de rentrer chez lui. Tant qu'ils vivent encore là, les jeunes continuent de se retrouver au pied des immeubles, où les espaces piétons servent de parking. Heureusement, d'autres considèrent qu'il n'y avait « pas d'autre solution que la démolition ». C'est le cas de Nicole, qui vit ce déménagement comme une libération après « de trop longues années dans ce ghetto ». Vingt-cinq ans qu'elle vit dans un trois-pièces de la cité. Vingt-cinq ans qu'elle ne souhaite qu'une chose : partir. « J'ai rempli des demandes de logement dans presque toutes les communes du Val-d'Oise, mais on ne m'a rien proposé d'autre que des taudis. Ça m'a rendue malade de vivre ici », confie-t-elle en sursautant au bruit d'un pétard qui explose dehors. « Fête nationale ou pas, c'est comme ça toute l'année », assure-t-elle. Cette femme, qui habite seule, est étrangère à la vie de quartier. Elle ne connaît même pas le nom de ses voisins. « J'ai bien essayé de louer un appartement dans le privé, se souvient Nicole. Mais les agences ne signent pas un bail si vous n'avez pas de garant et si vous ne gagnez pas trois fois le montant du loyer... » A la fin du mois, cette nouvelle vie tant attendue devrait enfin débuter.