Les Chênes
Ils menacent de brûler le libraire et incendient son magasin
TOUT un quartier consterné et à cran. L'incendie criminel qui a ravagé hier matin la librairie du quartier des Chênes a provoqué un électrochoc parmi les habitants de cette cité sensible d'Ermont (Val-d'Oise). Les habitués du centre commercial ont découvert les dégâts avec colère et inquiétude.
La vitrine est brisée sur le trottoir, l'intérieur du Mille-Pages est dévasté. « Il n'est pas blessé le monsieur ? » demande une cliente, effarée. « Ce n'est pas possible... » soupire-t-elle.
A 6 h 30, le gérant de la librairie réceptionne la livraison des journaux. Mais Jérôme, 45 ans, n'est pas seul : attendu par trois hommes cagoulés, il est bousculé par ses agresseurs qui l'ont forcé à rentrer dans sa boutique par la porte située à l'arrière du magasin. Ils l'ont ensuite aspergé d'essence et menacé de lui mettre le feu s'il ne leur cédait pas sa caisse. Le libraire s'est exécuté, abandonnant à ses agresseurs les 50 ¤ en sa possession. Les auteurs ont ensuite jeté de l'essence dans la boutique et y ont mis le feu avant de prendre la fuite, abandonnant leur victime. Le libraire n'a été que légèrement intoxiqué par les fumées. Il a été évacué vers l'hôpital d'Eaubonne par les pompiers qui ont limité le sinistre à la librairie, empêchant la propagation du feu au reste du centre commercial.
Multiples tentatives d'intimidation
Regroupés devant les barrières de sécurité, les résidants des Chênes confient leur ras-le-bol. « Des choses comme cela, ça ne donne pas envie de rester », confie même le boulanger dont la boutique est voisine de la librairie. D'autres connaissent bien la victime et confient qu'il avait déjà subi des menaces. « C'est quelqu'un qui ne se laisse pas faire », indiquait devant le magasin Frédéric, client du Mille-Pages. « Il avait été menacé à plusieurs reprises. On lui avait promis de lui mettre le feu. » Une autre cliente confirme. Autant d'éléments sur lesquels les policiers de l'antenne de Cergy de la DRPJ de Versailles, saisis du dossier sur instruction du parquet de Pontoise, vont se pencher.
En attendant, les habitants vont peut-être devoir se passer de leur librairie-presse un certains temps. « Il ne rouvrira pas, reprend la cliente. Sa femme m'a dit qu'elle ne voulait plus que son mari risque sa vie ici. »
Nombre de résidants dénoncaient hier la difficulté de vivre aux Chênes. « Le quartier devient de plus en plus difficile », insiste une habitante qui explique que la librairie est devenue un lieu de rassemblement des jeunes. Cela devient même « invivable », pour une autre, depuis le printemps. « Nous sommes en prison chez nous, il est impossible de sortir. Les halls sont squattés, nous nous faisons insulter, menacer. Dans la cité, il y a une grande souffrance générale. » Elle attend du maire une réponse : celle concernant un autre logement. Ailleurs.
Le trafic de cannabis de la cité des Chênes démantelé
QUATRE jeunes ont été déférés hier soir devant le tribunal correctionnel de Pontoise pour trafic de cannabis. Quatre jeunes qui, à Ermont, au coeur de la cité des Chênes, avaient installé dans le hall un rendez-vous très prisé par les consommateurs de ce secteur du Val-d'Oise. En quelques minutes, mardi après-midi, vers 15 heures, les policiers de la sûreté départementale du Val-d'Oise ont mis un terme à ce business, avec le soutien d'un équipage de la BAC départementale (brigade anticriminalité). Certes, le petit trafic local de la cité des Chênes ne risquait pas d'affoler les statistiques mondiales de la revente de résine de cannabis. Il était pourtant assez largement développé sur place pour attirer une clientèle fournie et surtout provoquer l'exaspération des riverains. Les résidants du 23, rue Toulouse-Lautrec, en particulier, qui n'en pouvaient plus de devoir, tant bien que mal, se frayer un passage au travers des dealers et des clients pour rentrer chez eux ou parvenir à sortir. Ainsi, des lettres anonymes ont-elles fini par atterrir sur les bureaux du maire d'Ermont et du préfet du Val-d'Oise afin de dénoncer cet état de fait. Cet été, les enquêteurs de la SD se sont donc penchés sur le cas des Chênes, découvrant la réalité d'un trafic bien installé. Au n o °23, c'était mieux que les 35 heures : la revente tournait de 15 heures à 19 heures, des horaires limités et strictement respectés par toutes les personnes intéressées. Il n'était pas nécessaire de s'impliquer davantage pour faire prospérer la boutique : toutes les cinq minutes, un client passait s'approvisionner. Des jeunes, souvent au profil d'étudiant, venus d'Ermont, Franconville ou Eaubonne, et parfois même de Cergy. « Je voulais faire le beau avec les filles... » Avant-hier, après avoir consolidé leur dossier au terme d'une série de surveillances, les policiers ont interpellé quatre jeunes trafiquants présumés. Lors de leur garde à vue, Nassim, Tahar, Samba et Anthony, qui sont âgés de 19 à 23 ans, auraient reconnu se livrer à la revente de résine de cannabis depuis plusieurs mois, réalisant chaque jour jusqu'à 300 de bénéfice chacun. Le deal s'effectuait classiquement dans le hall de l'immeuble, la marchandise étant préparée dans les caves où les enquêteurs ont d'ailleurs retrouvé en perquisitionnant 200 g de cannabis prédécoupés et préparés pour la revente. « Je voulais faire le beau avec les filles... » L'un des mis en cause a résumé en une phrase la « philosophie » de son trafic. Sorties en boîte de nuit, voitures, fringues : tel était en fait l'objectif premier des jeunes, qui n'ont apparemment rien mis de côté, se contentant de flamber l'argent gagné tranquillement au pied de leur immeuble. Sans penser aux lendemains qui parfois déchantent
35 voitures dégradées
LES RIVERAINS du quartier des Chênes ont été réveillés par un vacarme assourdissant peu avant 3 heures du matin, samedi. Une équipée sauvage s'en est prise aux nombreuses voitures stationnées dans le quartier, en brisant les pare-brise. Au total, trente-cinq voitures ont été dégradées par des individus repartis à bord de trois voitures, selon un témoin.